N'est-ce pas le propre de la condition humaine, outre le rire et la conscience de soi, de si aisément lire chez l'autre ce qu'on met des années de doutes et de tourments à pressentir en soi-même ? Et vices versons ! *
(* Un philosophe télévisuel bouche-béerait les audiences avec de tels propos, là où je n'arrive qu'à faire ricaner les imbéciles et conduire tous les autres à se demande à qui j'ai bien pu piquer un truc pareil...)Revenons-en au grand, au très grand Ken Russel, pas Kurt, Ken. Cf le mari de Barbie. Ken Russel qui, afin de s'extruder de la Mattel Malédiction, s'adonne très vite à des sujets "scabreux et sulfureux, au sein d'univers décadents" (dixit Wikipédia, dont on connait la qualité des sources).
Certes, comment s'étonner que ce "petit" de Southampton ne soit pas tombé vite fait dans le scabreux quand on sait que sa bonne cité fut le port d'embarquement du Mayflower et de sa bande de relous. Comment s'étonner tout court, d'ailleurs, sachant que Ken Russel est anglais et que tous les anglais ont un truc pas net à l'origine : passion inavouable pour les trains miniatures ou les machines à vapeur, dentition à faire pâlir Bram Stocker, botte sexuelle à petits feux mais qui place les sus-dits, sans nul doute aucun, sur les plus hautes marches des prouesses érotiques (dixit l'autrice, dont on connait la qualité des sources).
Donc, Altered States ou Au-Delà du Réel (1980). L'un des grands films de Ken Russel, aux côtés de Tommy (1975). Ahhh... Voir ou revoir Ann Margret, en mère empapaoutée, barboter dans les beans-on-toast...
Mais point de Ann Margret dans Au-Delà du Réel.
(Lire ce qui suit en écoutant Take on Me de A-Ha bien entendu...)
Un tout jeune William Hurt en forfait bloqué et options comprises, se coffre dans des caissons remplis d'eau salée après avoir essayé mille et une potions magiques. Histoire de voir ce qui se passe dans le trou du cul du chat. Evidemment, ça se termine mal. "Dans mon souvenir", ça se termine mal. Le trop-bô William Hurt change de forme à plusieurs reprises, mi-homme mi-bonhomme marshmallow, se cognant partout pour tenter de redevenir le gendre idéal et arrivant, les deux pieds devant au bord du gouffre de l'éternité.
Et même si (happy end ?), il reprend sa forme initiale, son cerveau, lui, est définitivement resté derrière. On s'en doute, merci, quand on voit les résultats de la prise intensive de substances sur un Nicolas Rey ou sur ma copine d'enfance, dont le foie, les reins et les muscles fonctionnent au diapason d'une Dérive de Boulez.
Altered States, c'est juste un film énorme. Le point d'orgue d'une décennie adolescente où l'on joue avec les allumettes et parfois, on se brûle... ou pas. La décennie de l'innocence dans une frénésie de baise, de nuits glacées et d'improbables lendemains qui chantent. Logique. Pas de virus ni de CAC40. Juste mes 22 ans, logiques, glacés et improbables.
Je crois qu'elle a raison, cette amie. A-t'elle eu conscience de ma bipolarité et des plans divers et variés qui se renvoient le bonhomme marshmallow que je suis telle une balle de tennis en bout de jeu ? Sans doute. Doute et mutisme désormais... Mais plaisir, toujours !
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