Les heures nocturnes à attendre sous les miradors du poste frontière entre la RFA et la RDA. Nous étions bien quelques milliers sous la bruine. De toutes petites Fiats pleines à craquer, aux plaques
polonaises, poussées à la queue leu leu, moteur éteint. L'essence ça
coûte cher pour eux et la route est encore longue. On baragouine d'une auto à l'autre, échanges de rires crispés. Puis, le trait sans fin des autoroutes est-allemandes. Des voitures grises pleines
d'hommes gris me dépassent pour me faire des queues de poisson.
Lorsque je les dépasse à nouveau, ils accélèrent pour que
j'accélère à mon tour, au dessus de la limitation de vitesse. La
police, sortie de nulle part, intervient et je paie, sur le champ,
une amende en Deutsche Marks. Tous ces soldats est-allemands à chaque café au bord de la route.
Des brutes impressionnantes et patibulaires. Pas un regard (et
heureusement) pour la jolie fille dans la Polo... La photo de Honecker au niveau de mes yeux, assise sur la lunette des toilettes publiques. "A bas l'imperialismus !" Berlin-Ouest, la triste, ceinturée d'un mur et de voies rapides, sans coeur ni centre-ville et pour
cause... les créatures du Tiergarten, seules à sembler joyeuses sous le soleil voilé. Le Check Point Charlie et les chevaux de frise. L'Alexanderplatz et son magasin Bata, seule incursion fantaisiste à l'Est... Les gens qui
s'attroupent : tu as des cigarettes ? Puis qui se dispersent à la
vue d'un type silencieux qui s'approche d'un peu trop près... Un repas délicieux en face du Palais de la République, monument érigé à la gloire du socialisme victorieux. Et la route à nouveau, les plaines et les villes sans couleur aucune, les premiers tanks pour les manoeuvres d'automne qui se préparent... Enfin, Varsovie, en ébullition, 5 minutes avant le black-out...
A Berlin-Est, un été chaud, en route vers Varsovie, Whole Lotta Love sur la cassette à bord de ma VW Polo couleur griotte...